Un bilan psychomoteur en libéral

En cabinet libéral de psychomotricité, la pratique du bilan psychomoteur est une affaire qui doit rouler. Préalable nécessaire à la mise en place d’un suivi psychomoteur adapté au profil et aux besoins de tout patient, c’est également un outil administratif pour les familles bénéficiant d’un soutien financier ou d’une intégration dans un réseau de soins coordonnés.

Son exécution, en plusieurs séances mêlant à la fois observations cliniques et passations de tests psychomoteurs standardisés, tout comme la rédaction en de son compte-rendu écrit à distribuer aux familles, se doivent d’être solides en matière de pertinence ET d’efficacité.

💶 Car le temps, c’est de l’argent : surtout en libéral, où les séances sont payées au comptant par les familles. Il en va ainsi de notre devoir professionnel de maximiser notre efficacité afin de réduire les coûts et de démarrer le suivi le plus rapidement possible.

👐🏻 Car le temps, c’est de l’accompagnement : l’entourage familial et les autres intervenants éventuels, notamment au niveau scolaire, sont le plus souvent en attente de pistes concrètes à implémenter rapidement dans leur quotidien.

Alors comment faire pour aiguiser ton exercice du bilan psychomoteur en libéral ? C’est pour répondre à cette question que j’ai invité Océanie @la.diantromotricienne sur le podcast 🎙️ Un tout grand merci à elle d’avoir accepté mon invitation pour nous partager sa pratique du bilan psychomoteur. L’occasion, pour toi, de grappiller quelques astuces concrètes à appliquer dans ta propre pratique.

Une pratique du bilan psychomoteur en libéral avec des troubles du neurodéveloppement

Océanie est psychomotricienne, diplômée depuis + de 10 ans et installée en libéral depuis 6 ans. Peut-être l’as-tu déjà croisée sur les réseaux sociaux, en son nom propre ou sous le pseudonyme de la diantromotricienne, en hommage à ces nombreuses offuscations 🤓

Elle accueille principalement une patientèle d’enfants âgés de 5 à 12 ans, et présentant des troubles neurodéveloppementaux :

  • TDAH = Trouble Déficit de l’Attention avec/sans Hyperactivité ;
  • TDC = Trouble Développemental de la Coordination ;
  • TSA = Trouble du Spectre de l’Autisme.

Océanie nous partage sur le podcast, la méthodologie qu’elle applique pour réaliser ses bilans psychomoteurs en libéral. Une approche qu’elle décrit elle-même comme étant carrée et presque « militaire », mais redoutablement efficace pour cibler les besoins des patients et les orienter vers une trajectoire de soin recommandée.

Ecoute directement notre échange ⤵️

Le premier contact et l’anamnèse en tant que parties intégrantes du bilan psychomoteur

Le processus d’Océanie commence dès le premier coup de téléphone. Face aux nombreuses sollicitations, elle filtre les appels pour s’assurer que la demande (souvent à l’initiative de l’école ou d’autres professionnels paramédicaux) relève bien de ses compétence de psychomotricienne. Elle n’hésite pas à réorienter les patients ailleurs (en orthophonie/logopédie, orthoptie ou ergothérapie) si la demande ne correspond pas à son champ d’intervention en psychomotricité.

Dès que la pertinence d’ajouter la psychomotricité dans la situation est validée pour le (futur) patient, elle planifie généralement une série de quatre séances :

  • une anamnèse de 45 minutes ;
  • deux séances de tests ;
  • un rendez-vous de restitution orale des résultats du bilan psychomoteur.

Pour l’anamnèse, Océanie a fait le choix de l’efficacité : elle utilise une trame informatique à remplir avec des mots-clés plutôt que de rédiger de longues phrases.

Ce temps d’échange autour des difficultés de l’enfant est aussi un moment privilégié pour inclure ce-dernier, en lui expliquant le déroulement des tests à venir et en insistant sur le fait qu’ils forment « une équipe« .

La passation de tests standardisés

Contrairement à certains praticiens qui sélectionnent les tests en fonction du motif de consultation, Océanie met un point d’honneur à évaluer systématiquement chacune des fonctions psychomotrices :

  • le tonus musculaire ;
  • la latéralité ;
  • les coordinations motrices et le graphisme ;
  • les habiletés spatiales ;
  • les habiletes temporelles ;
  • les représentations corporelles ;
  • les fonctions exécutives.

Pourquoi cette exhaustivité ? Parce qu’une difficulté apparente peut en cacher une autre.

Par exemple, une demande initiale pour des problèmes de régulation émotionnelle révèle très souvent, après investigation, un profil sensoriel atypique, un trouble de l’attention ou un léger TDC. Elle a besoin de cocher toutes les cases dans son esprit pour alimenter son raisonnement clinique.

Une méthodologie de bilan psychomoteur bien rôdée

Pour réussir à faire passer une batterie de tests complète en deux séances , d’une durée de 45 minutes à 1 heure, la méthode d’Océanie est bien rodée, sans temps mort, ce qu’elle qualifie elle-même de « militaire » 🫡

Elle s’appuie exclusivement sur des épreuves standardisées comme le MABC-2, la NP-MOT, le BHK, la figure de Rey ou encore le Profil sensoriel de Dunn, sans inclure de temps de jeu informel pendant le bilan.

Bien que très stricte, cette cadence est pensée pour maintenir la motivation de l’enfant en alternant les postures (assis, debout) et les types de tâches. L’armoire à jouets et les fidgets restent fermés pendant cette phase d’évaluation, réservant l’aspect ludique pour les futures séances de rééducation.

Le travail de l’ombre : rédaction et charge administrative

📝 La rédaction du compte-rendu est une étape chronophage qui représente un tiers du temps de travail en plus des consultations, un temps qui n’est pas directement rémunéré.

Pour optimiser cette charge, Océanie numérise immédiatement toutes les productions des patients avec une barre de scanner et stocke les données localement sur une clé USB sécurisée par mot de passe.

Elle utilise également des trames pré-remplies par tranche d’âge et des listes déroulantes pour automatiser au maximum la saisie des résultats. Sur le fond, elle s’attache à ce que le compte-rendu comporte plusieurs niveaux de lecture (technique pour les professionnels, vulgarisé pour les parents) et elle commence toujours sa conclusion par les points forts de l’enfant.

La restitution : co-construire le projet de soin

La dernière étape est celle de la restitution des conclusions aux parents. Océanie adapte son discours au profil de la famille, s’attardant sur les points difficiles et expliquant les mécanismes sous-jacents. C’est lors de cet échange qu’elle dégage les axes d’intervention prioritaires et les objectifs globaux de la rééducation.

Fait intéressant, pour les restitutions réalisées en visioconférence, elle envoie le compte-rendu écrit à l’avance afin que les parents puissent le lire et préparer leurs questions, rendant l’échange virtuel beaucoup plus fluide.

Un bilan psychomoteur en libéral à la fois structuré et rassurant

Si l’approche d’Océanie peut paraître stricte au premier abord, cette structure est assumée et réfléchie. Comme le résume très bien notre échange à l’occasion de l’enregistrement du podcast, ce cadre très « carré » se révèle en réalité profondément contenant et rassurant pour des enfants souffrant de troubles émotionnels ou attentionnels.

En structurant rigoureusement chaque étape de son bilan psychomoteur, elle offre aux familles une cartographie claire des compétences de leur enfant et un point de départ solide pour l’accompagnement thérapeutique.

En résumé

Faire un bilan psychomoteur, c’est un peu comme une chasse au trésor. Il s’agit de trouver les éléments à l’origine d’une perturbation de l’équilibre psychomoteur de notre patient. Et quand on la trouve, tout s’éclaire à propos de la meilleure façon d’agir et de construire un suivi psychomoteur adapté.

  • Le bilan psychomoteur doit être préparé à l’avance pour se dérouler efficacement. Océanie utilise des trames par âge pour compiler toutes les évaluations à réaliser.
  • Toutes les fonctions psychomotrices sont étudiées dans leur ensemble pour soutenir l’analyse du profil psychomoteur du patient. Aucune hypothèse n’est ainsi laissée au hasard.
  • Tests entiers ou portions, les évaluations standardisées et étalonnées sont nécessaires pour comparer les compétences et les difficultés de l’enfant à sa classe d’âge.

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